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  • Jours de repos : la direction de la SNCB et les dĂ©cideurs politiques organisent le chaos

    Les cheminots ont droit au repos ! Pour des investissements publics massifs dans le personnel et le service

    Le personnel le dĂ©nonce depuis dĂ©jĂ  pas mal de temps mais l’inspection sociale vient de le confirmer : le rythme de travail est impossible et mĂȘme illĂ©gal Ă  la SNCB. Les jours de rĂ©cupĂ©ration et de congĂ© s’accumulent sans pouvoir ĂȘtre pris. Quand la direction de la SNCB a Ă©mis l’idĂ©e de les payer au lieu de permettre de les prendre, cela n’a fait que jeter de l’huile sur le feu. Les cheminots doivent bĂ©nĂ©ficier des jours de repos auxquels ils ont droit ! La maniĂšre dont la SNCB va assurer que cela soit le cas n’est pas le problĂšme du personnel. Mais aucune solution ne peut se passer de l’engagement de beaucoup plus de collĂšgues.

    Les passagers rĂąlent souvent en apprenant que leur train aura du retard. La colĂšre ne manque pas lorsque les retards et les annulations sont chroniques. Il n’en va pas autrement pour les cheminots quand ils apprennent que leurs jours de repos prennent du retard ou menacent d’ĂȘtre annulĂ©s. Cela s’ajoute Ă  des horaires de travail parfois trĂšs chargĂ©s. Par exemple, pendant plusieurs mois de l’annĂ©e, les accompagnateurs de train sont « hors sĂ©rie » et ne savent souvent qu’un jour Ă  l’avance si et quand ils travaillent, avec la possibilitĂ© de devoir commencer Ă  4 heures du matin, par exemple. Une telle flexibilitĂ© est prĂ©judiciable Ă  toute vie sociale et s’explique fondamentalement par le manque de personnel. Faute de collĂšgues en suffisance, toute planification un peu sĂ©rieuse du travail est impossible.

    La SNCB a beau ĂȘtre un bien public, il semble que cela y soit trop demandĂ© que d’y respecter les dispositions lĂ©gales en matiĂšre de temps de travail et de repos. Les accords sur le temps de travail incluent les jours fĂ©riĂ©s, les jours de repos, les jours de rĂ©cupĂ©ration, etc. La rupture unilatĂ©rale de ces accords dont est responsable la direction est parfaitement scandaleuse. Les gouvernements successifs et la direction – dont la nomination est le fruit de tractations politiques – ne peuvent plus se cacher derriĂšre quoi que ce soit maintenant que l’inspection sociale a confirmĂ© la gravitĂ© de la situation. Le personnel est d’autant plus en colĂšre.

    Par le passĂ©, les mĂ©dias de masse ont souvent dĂ©nigrĂ© les actions des cheminots en dĂ©peignant ces derniers comme une bande d’irresponsables partant en grĂšve sans raison. Faut-il encore prĂ©ciser que ce n’est pas le personnel, mais bien la direction de la SNCB qui est irresponsable ? Si aucune stratĂ©gie ni plan d’action discutĂ©s entre tous les collĂšgues n’arrive pour faire front ensemble contre la direction et le gouvernement, quand y en aura-t-il ? Les conclusions de l’inspection sociale peuvent Ă©galement ĂȘtre utilisĂ©es pour construire le soutien parmi les passagers et la collectivitĂ© en gĂ©nĂ©ral.

    Les cheminots souhaitent prendre leurs jours de repos au lieu qu’ils soient payĂ©s. Cela en dit long sur la colĂšre et la pression au travail. Le fait que la direction de la SNCB pense immĂ©diatement au paiement indique qu’une solution Ă  plus long terme n’est pas envisagĂ©e. Le rythme de travail ne peut redevenir humain qu’avec plus de personnel. Cela prendra bien entendu du temps, mais c’est la seule vĂ©ritable option. Ce n’est pas pour rien que les cheminots l’exigent depuis des annĂ©es. Si tout le monde prenait d’un coup les jours de repos auxquels ils ont droit, il n’y aurait plus de trains en circulation pendant un bon bout de temps.

    Cette situation est une honte. Si les voyageurs n’en ressentent pas plus les effets, c’est en raison des Ă©normes efforts fournis par les cheminots alors que ces derniers font souvent les frais de leurs frustrations. MĂȘme en 2020, l’annĂ©e des confinements, le nombre de cas d’agression n’a pratiquement pas diminuĂ©. Il est grand temps de changer cela. Comme l’exige Ă©galement la crise climatique, il est urgent d’investir massivement dans des transports publics plus nombreux, gratuits et de meilleure qualitĂ©. Les politiciens prĂ©tendent dĂ©fendre le climat, mais depuis des annĂ©es, ils sont responsables d’une politique qui affame les transports publics.

    Le personnel et les passagers ont des intĂ©rĂȘts identiques. Ils devraient lutter ensemble pour ce qui est nĂ©cessaire : un personnel aux conditions de travail dĂ©centes et avec suffisamment de collĂšgues pour fournir un service de premiĂšre qualitĂ©.

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  • RĂ©organiser radicalement nos dĂ©placements pour faire face Ă  la crise Ă©cologique, une rĂ©ponse Ă  Magnette et Gilkinet

    Alors que les discussions sur la « mobilitĂ© douce Â» et les Ă©ternelles polĂ©miques sur la qualitĂ© des transports en commun ponctuent le quotidien des mĂ©dias, il convient d’en rappeler les enjeux. Les transports sont, avec l’industrie, les deux secteurs les plus polluants dans la sociĂ©tĂ© : inutile d’ĂȘtre ingĂ©nieur pour en conclure qu’ils doivent faire partie intĂ©grante d’une rĂ©ponse sĂ©rieuse Ă  la crise climatique. Bien que cette idĂ©e fasse plutĂŽt consensus, c’est l’ampleur de la tĂąche et les moyens d’y parvenir qui sont habituellement occultĂ©s par les effets d’annonce.

    RĂ©action d’un cheminot

    Magnette au bluff

    Le dernier exemple en date nous vient du prĂ©sident du PS : se prononçant en faveur de la gratuitĂ© de tous les transports en commun(1), y compris le train, Paul Magnette a chiffrĂ© le coĂ»t de la mesure Ă  700 millions d’euros par an. Il s’agit du montant que rapporte la vente de titres de transports Ă  la SNCB qui serait donc Ă  compenser(2).

    On ne peut qu’ĂȘtre favorable Ă  cette mesure. Du moins si elle devait ĂȘtre financĂ©e par les 1% les plus riches(3) qui, comme Magnette le rappelle Ă  juste titre, polluent bien plus que les plus pauvres. On est moins d’accord lorsqu’il prĂ©tend que ces 700 millions d’euros suffiraient Ă  financer un « Ă©lectrochoc Â» Ă©cologique. C’est en effet le coĂ»t Ă  nombre de voyageurs Ă©quivalent, alors que ces voyages s’effectuent dĂ©jĂ  en train : sans augmentation du nombre de passagers au dĂ©triment de la voiture, il n’y aurait donc aucune rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. Si par contre l’idĂ©e est bien d’attirer un nombre important de nouveaux voyageurs, il faudra inĂ©vitablement des moyens en infrastructures et en personnel pour les accueillir, ce qui fera donc monter la facture.

    D’aprĂšs la derniĂšre grande enquĂȘte du SPF MobilitĂ©(4) (2019), la voiture reprĂ©sente en Belgique « 61 % des dĂ©placements, contre 14 % pour la marche, 12 % pour le vĂ©lo et 11 % pour les transports en commun (train, mĂ©tro, tram ou bus) Â». Pourtant, les Ă©missions en CO2 d’un trajet en train par exemple, sont 6 Ă  32 fois plus faibles que celles d’un trajet en voiture. L’enjeu est donc d’inverser l’utilisation des modes de transport : l’usage des transports en commun doit devenir dominant, tandis que l’utilisation de la voiture doit devenir exceptionnelle. Ce qui est dĂ©signĂ© par « transfert modal Â» (modal shift). Au-delĂ  de son utilitĂ© sociale indiscutable, la gratuitĂ© des transports en commun est une mesure qui n’est Ă©cologiquement utile qu’à la condition de pouvoir attirer de nouveaux publics.

    GratuitĂ© ou amĂ©lioration de l’offre : le faux dĂ©bat

    Et pour attirer de nouveaux publics, encore faut-il qu’il y ait une offre. Pour Ă©normĂ©ment de familles, il est aujourd’hui quasiment impossible de se passer d’une voiture personnelle pour aller travailler, amener les enfants Ă  l’école et avoir des loisirs. L’offre doit ĂȘtre Ă©tendue tant en termes d’horaires (une frĂ©quence plus Ă©levĂ©e, des transports plus tĂŽt et plus tard) qu’en termes d’espace, c’est-Ă -dire en ouvrant de nouvelles lignes de trains et de bus. Ce dernier point est particuliĂšrement important pour que la mesure de la gratuitĂ© remporte l’adhĂ©sion des habitants des communes rurales, dĂ©jĂ  privĂ©s d’accĂšs de beaucoup de services publics alors qu’ils contribuent aux impĂŽts comme les autres.

    MĂȘme lĂ  oĂč l’offre existe dĂ©jĂ  partiellement, en l’état actuel des choses il est souvent moins cher pour une famille de se dĂ©placer en voiture qu’en transports en commun. Le coĂ»t fixe de la voiture est important et doit ĂȘtre amorti, le transport en commun est donc vĂ©cu comme un coĂ»t supplĂ©mentaire. Mais si l’offre Ă©tait suffisamment dĂ©veloppĂ©e que pour les convaincre d’abandonner la ou les voitures familiales, la frĂ©quentation des transports en commun connaĂźtrait un bond en avant Ă©norme, formant le fameux « transfert modal ». La gratuitĂ© et le dĂ©veloppement de l’offre sont donc les deux faces indissociables d’une mĂȘme piĂšce.

    Pendant les annĂ©es 1930 – autrement dit avant l’avĂšnement du modĂšle de la voiture individuelle – il existait en Belgique 5 125 km de lignes ferroviaires desservant 1 500 gares. Il y a aujourd’hui 3 600 km de lignes et 554 gares et points d’arrĂȘts. Durant toute la deuxiĂšme moitiĂ© du 20e siĂšcle, c’est la voiture qui a Ă©tĂ© mise au centre du dĂ©veloppement des infrastructures. Culpabiliser ou surtaxer les automobilistes est avant tout un aveu d’impuissance des politiciens capitalistes qui n’ont pas de programme sĂ©rieux pour engager un vrai changement de cap.

    RedĂ©velopper massivement l’infrastructure en transport en commun va nĂ©cessiter des budgets colossaux que seuls les Ă©tats sont capables de lever, comme ce fĂ»t d’ailleurs le cas au 19e siĂšcle lors de la naissance de ces rĂ©seaux. Le secteur privĂ© ne nous sera d’aucune aide si ce n’est pour grappiller des profits pour les actionnaires. Nous entendons beaucoup parler d’ « intermodalité » (faire ses trajets en utilisant plusieurs types de transports) dans la bouche des responsables politiques. Mais les logiques de privatisations et de libĂ©ralisations ne font que saucissonner l’organisation du service entre de multiples entreprises, entraĂźnant gaspillages et dilution des responsabilitĂ©s. La scission entre la SNCB et Infrabel organisĂ©e en 2005, puis en 2012 par ce mĂȘme Paul Magnette, en est le meilleur exemple.

    https://fr.libreparcours.net/2021/02/09/des-investissements-dans-le-rail-au-profit-de-qui/

    Gilkinet le défenseur du libre marché

    Jamais nous n’avons eu autant besoin qu’aujourd’hui de transports publics accessibles et de qualitĂ©. Les politiciens traditionnels sont coincĂ©s entre cette augmentation des besoins et ce qu’ils appellent la « rĂ©alitĂ© budgĂ©taire Â», c’est-Ă -dire ce qui est permis ou non dans le cadre de leur systĂšme. C’est cette contradiction grandissante qui explique certains Ă©pisodes surrĂ©alistes. Comme lorsqu’à la mi-septembre, Infrabel annonçait qu’elle allait peut-ĂȘtre ĂȘtre contrainte de fermer 5 lignes ferroviaires faute de budget(5), alors que le ministre Gilkinet continuait Ă  rĂ©pĂ©ter encore le jour-mĂȘme que son objectif Ă©tait d’avoir « 1 train toutes les 10 minutes dans les agglomĂ©rations, 1 train toutes les 30 minutes partout ailleurs Â». Combler les besoins sociaux et rĂ©pondre Ă  la crise climatique ne sera pas possible sans rompre avec les rĂšgles du systĂšme capitaliste, un systĂšme qui marche sur la tĂȘte.

    Dans L’Echo du 28 septembre(6), Georges Gilkinet rappelle le retard en investissements et la nĂ©cessitĂ© d’augmenter l’offre ferroviaire. Avant de prĂ©ciser sa volontĂ© de respecter une « trajectoire budgĂ©taire sĂ©rieuse avec un effort annuel fixe de 0,2% du PIB Â». OĂč faut-il donc aller chercher l’argent ? Certainement pas dans les poches du grand patronat. Gilkinet rassure ceux qui pouvaient encore en douter : « derriĂšre moi il y a la FEB Â».

    Ce dont nous avons besoin

    La CGSP Cheminots rappelait il y a quelques jours la rĂ©alitĂ© du terrain sur le rail(7) Ă  l’occasion de l’échec des nĂ©gociations pour un accord social : 5.000 emplois perdus en 5 ans et une hausse de productivitĂ© de 20%. AprĂšs 3 milliards d’euros de coupes budgĂ©taires pendant les gouvernements Di Rupo et Michel, et avec un nouveau ministre de la mobilitĂ© Ecolo, on aurait pu croire que les dotations allaient enfin remonter. La dotation d’Infrabel est pourtant rabotĂ©e de 94 millions d’euros pour la pĂ©riode 2021 – 2024, une information dont Gilkinet s’était bien gardĂ© de faire la publicitĂ©. Bien que certains budgets ont Ă©tĂ© dĂ©bloquĂ©s pour des investissements, les dotations d’exploitation d’Infrabel et de la SNCB sont aujourd’hui bien trop faibles : non seulement elles ne permettront pas d’amĂ©liorer l’offre de transport, mais elles sont mĂȘme insuffisantes pour assurer celle qui est actuellement prĂ©vue !

    Cette pression financiĂšre croissante sur les transports publics a aussi menĂ© Ă  une organisation du travail en flux tendu, tant au niveau du personnel que du matĂ©riel, rendant difficile de palier Ă  l’imprĂ©vu. Une panne ou du personnel bloquĂ© dans un train en retard suffisent pour en bloquer beaucoup d’autres, car le matĂ©riel et le personnel de rĂ©serve ont Ă©tĂ© rĂ©duits au minimum. La fiabilitĂ© et la ponctualitĂ© s’en ressentent. Il faut donc sortir de cette logique pour amĂ©liorer l’offre non seulement en terme de quantitĂ© mais aussi de qualitĂ©. Il s’agit Ă©galement d’assurer la prĂ©sence de personnel dans les trains et dans les gares, puisque l’on sait que le sentiment s’insĂ©curitĂ© joue aussi un grand rĂŽle dans le choix ou non d’utiliser les transports publics(8). Et de donner Ă  ce mĂȘme personnel les moyens pour faire son travail correctement.

    Pour un vĂ©ritable « Ă©lectrochoc face Ă  la crise climatique Â» dans les transports, il n’existe pas de mesure unique. C’est d’un plan solidement pensĂ© et financĂ© dont nous avons besoin. Avec pour objectif que d’ici quelques annĂ©es, l’écrasante majoritĂ© des trajets des gens soient faisables en transport en commun de maniĂšre sĂ»re, fiable et confortable. Les montants nĂ©cessaires Ă  ce projet requiĂšrent une rĂ©orientation massive des richesses dans le dĂ©veloppement des transports moins polluants. Et une planification rationnelle de la production qui n’a rien de compatible avec l’économie de marchĂ©. Les grandes annonces mĂ©diatiques de Magnette et de Gilkinet en sont loin.

    Notes :

    1. https://plus.lesoir.be/396852/article/2021-09-25/mobilite-paul-magnette-veut-la-gratuite-de-tous-les-transports-en-commun
    2. Chiffres de 2019. Notons qu’une partie de ce montant provient des abonnements domicile-travail, eux-mĂȘmes financĂ©s en grande partie par les employeurs.
    3. Paul Magnette propose de financer la mesure en augmentant la taxe sur les comptes-titres de 0,15% Ă  0,5%. Mais le journal L’Echo expliquait en novembre 2020 comment il est assez simple pour les millionnaires de l’éviter : https://www.lecho.be/entreprises/banques/la-nouvelle-taxe-comptes-titres-prend-deja-l-eau/10263334.html
    4. https://mobilit.belgium.be/sites/default/files/partie_mobilite_novembre_2019_final.pdf
    5. https://www.dhnet.be/actu/societe/cinq-lignes-ferroviaires-pourraient-etre-supprimees-a-l-horizon-2024-614088189978e2642a1a1d2e
    6. https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/federal/georges-gilkinet-ecolo-ce-que-les-belges-attendent-c-est-une-meilleure-offre-ferroviaire/10335217.html
    7. https://www.facebook.com/paroledecheminots/posts/4693509127326761
    8. https://www.lavenir.net/cnt/dmf20210112_01544630/le-train-victime-des-agressions-sexuelles
  • Des investissements dans le rail, au profit de qui ?

    A la tĂȘte du ministĂšre de la mobilitĂ© depuis octobre 2020, le vice-premier ministre Georges Gilkinet est dĂ©jĂ  sous pression. Le nouveau plan de fermeture de 44 guichets de gares de la SNCB a Ă©tĂ© immĂ©diatement dĂ©criĂ© par les associations de navetteurs, les syndicats et les bourgmestres des communes concernĂ©es. Le ministre a d’abord feint de ne pas avoir Ă©tĂ© prĂ©venu de la dĂ©cision, avant que la patronne de la SNCB ne le corrige publiquement. Un mensonge Ă©hontĂ© qui a fait l’effet d’une bombe. Les Ă©lus des partis traditionnels ont alors criĂ© au scandale, oubliant de prĂ©ciser au passage que tous ces partis sont reprĂ©sentĂ©s au Conseil d’Administration de l’entreprise ferroviaire. Le bal des hypocrites Ă©tait spectaculaire.

    Ecolo sous pression

    Le ministre n’était pourtant pas avare en promesses. DĂšs la formation du gouvernement, il annonçait d’emblĂ©e : « Ce gouvernement, le plus vert de l’histoire, a pour ambition de modifier durablement la mobilitĂ© dans le pays ». Et de lister les objectifs. Finalisation du RER. 2 trains par heure sur toutes les lignes, 1 train toutes les 10 minutes sur les trains S (agglomĂ©ration bruxelloise). Un plan d’investissement pour l’accessibilitĂ© des gares et l’augmentation de la hauteur des quais. Un doublement du volume de marchandises transportĂ©es par rail d’ici 2030. Et une sĂ©rie d’idĂ©es pour rendre le train plus confortable et agrĂ©able.

    Des trains plus nombreux, plus accessibles, plus confortables et plus ponctuels. C’est somme toute ce que chaque ministre de la mobilitĂ© nous promet lors de son installation. Mais l’ « Ă©cologiste » se distingue tout de mĂȘme par la hauteur de ses promesses. C’est qu’en matiĂšre de mobilitĂ©, Ecolo a une obligation de rĂ©sultats. Le parti est montĂ© au gouvernement contre quelques petites concessions des partis de droite. Il aura bien besoin d’amĂ©liorations tangibles dans les transports en commun pour y dĂ©fendre sa participation, quelques annĂ©es aprĂšs un mouvement de grĂšves scolaires historique pour le climat.

    L’impact de la crise sur les chemins de fer

    La crise du coronavirus a trĂšs durement impactĂ© les chemins de fer. Les trains ont continuĂ© Ă  rouler pour assurer les voyages essentiels dans le cadre de la continuitĂ© du service public. Mais les revenus ont logiquement chutĂ©. Pendant la premiĂšre vague la frĂ©quentation avait baissĂ© Ă  10% du nombre de voyageurs par rapport Ă  2019, aujourd’hui Ă  40%. La Vivaldi a compensĂ© ces pertes Ă  hauteur de 264 millions d’euros pour la SNCB et de 46,9 millions pour Infrabel. 100 millions ont Ă©tĂ© versĂ©s Ă  la SNCB pour compenser la perte de revenus suite Ă  la distribution des « Hello Belgium Pass » (des billets gratuits que le gouvernement temporaire avait dĂ©cidĂ© de distribuer l’automne dernier dans l’espoir de relancer l’économie), qui reprĂ©sentent 36 millions de trajets offerts. Mais Ă  elle seule, la SNCB annonce une perte d’exploitation d’environ 400 millions d’euros pour 2020.

    Ces mesures n’ont donc compensĂ© que partiellement les dĂ©gĂąts de la pandĂ©mie sur les finances du rail. Et les chiffres de frĂ©quentation ne devraient pas revenir Ă  leur niveau de 2019 avant 2023, en raison des craintes sanitaires mais aussi de la popularisation du tĂ©lĂ©travail.

    Rattraper le sous-investissement

    En termes d’investissements, le ministre Gilkinet a annoncĂ© 25 millions d’euros de supplĂ©ment pour la SNCB, et 75 millions pour Infrabel (qui s’occupe de l’infrastructure), dans le cadre du « Plan Boost 2021 ». Des sommes bienvenues mais qui font pĂąle figure pour un gouvernement qui se proclame « le plus vert de l’histoire ».

    De quoi peut-ĂȘtre rattraper une partie du sous-investissement structurel accumulĂ© sur les trois derniĂšres dĂ©cennies. Des annĂ©es ‘90 Ă  2019, le nombre de voyageurs a explosĂ©, tandis que le nombre de cheminots n’a fait que baisser. Sur les lĂ©gislatures des gouvernements Di Rupo et Michel, ce sont au total 3,06 milliards d’euros qui ont Ă©tĂ© Ă©conomisĂ©s. Jacqueline Galant, ex-ministre de la mobilitĂ© mais toujours bourgmestre de Jurbise, dĂ©nonce aujourd’hui la fermeture des guichets de sa gare : c’est pourtant elle qui, en 2015, justifiait la rĂ©duction de la dotation de la SNCB par la « chasse aux gaspillages » ! Infrabel estime avoir besoin de 92 millions d’euros supplĂ©mentaires en 2021 rien que pour maintenir l’infrastructure actuelle en l’état, et Ă©viter de nouveaux ralentissements ou fermetures de lignes.

    Gilkinet dit espĂ©rer convaincre ses partenaires de gouvernement d’augmenter les investissements dans les annĂ©es Ă  venir. Pour le reste, il s’en remet au plan d’investissement europĂ©en, dont les arbitrages sont en cours. La Belgique devrait recevoir prĂšs de 6 milliards du « plan pour la reprise et la rĂ©silience ». 1,1 milliard d’euros de ce budget devrait ĂȘtre consacrĂ© au dĂ©veloppement du ferroviaire et Ă  la modernisation de certains axes stratĂ©giques (jonction Nord-Midi, axe Bruxelles-Luxembourg, accĂšs portuaires, etc.).

    Socialisation des pertes, privatisation des profits ?

    La SNCB est prolongĂ©e de 10 ans comme opĂ©rateur unique du service public. Mais le processus de libĂ©ralisation n’est pas remis en cause. Le nouveau gouvernement a utilisĂ© « l’attribution directe », une possibilitĂ© laissĂ©e par les traitĂ©s europĂ©ens qui permet de n’activer la libĂ©ralisation qu’à partir de 2033. Un opĂ©rateur privĂ© peut toutefois dĂ©jĂ  dĂ©poser candidature pour faire circuler des trains de voyageurs en trafic intĂ©rieur, mais pas dans le cadre des missions de service public, et donc sans subventions. Le seul candidat dĂ©clarĂ© a renoncĂ© en 2020 en raison de la crise.

    A court terme, la SNCB ne sera probablement pas mise en concurrence et restera publique ; une victoire pour les voyageurs et le personnel. Mais le contexte Ă©conomique du secteur ferroviaire n’étant pas favorable aux bĂ©nĂ©fices, il ne faut pas y voir une concession des partis de droite. Le grand patronat est toujours ravi qu’une entreprise comme la SNCB reste publique lorsque les bilans sont nĂ©gatifs. Ils rĂ©clameront leur part dĂšs lors qu’il y aura possibilitĂ© de faire des bĂ©nĂ©fices.

    Quant aux investissements europĂ©ens en discussion, ils concernent dans leur grande majoritĂ© des projets d’infrastructure. Cela bĂ©nĂ©ficierait Ă  n’importe quel opĂ©rateur ferroviaire voyageur, public ou privĂ© ; mais aussi aux opĂ©rateurs de fret, alors que le transport de marchandises est aux mains du privĂ© depuis quelques d’annĂ©es.

    L’accord de gouvernement de septembre soufflait en fait le chaud et le froid, confirmant le rĂŽle de la SNCB comme opĂ©rateur de service public tout en annonçant parallĂšlement un « projet pilote » d’appel d’offres dans un « bassin de mobilitĂ© » en Flandre et en Wallonie. Et « l’exploration de la piste d’une expertise privĂ©e au sein de la SNCB ».

    Le risque est grand de voir de l’argent public dĂ©pensĂ© pour moderniser des outils qui serviront ensuite aux actionnaires pour faire du profit. Nous devons nous battre pour que les investissements soient basĂ©s sur les besoins de la majoritĂ© sociale et que l’ensemble du service ferroviaire soit public.

    Les réformes antisociales continuent

    Le chantage Ă  la libĂ©ralisation / privatisation va donc continuer, et son lot de politiques antisociales. Alors que le personnel est encore aux prises avec les risques sanitaires, la direction de la SNCB met en pratique de nouvelles rĂ©formes visant les couches hiĂ©rarchiques intermĂ©diaires. Son objectif est d’avoir du personnel d’encadrement plus obĂ©issant et plus ouvert au fonctionnement du privĂ©.

    Le nouveau plan de transport 2020-2023, partiellement d’application depuis dĂ©cembre dernier, prĂ©voit l’ajout de 161 trains supplĂ©mentaires en semaine et 200 en weekend. Avec quel personnel ? L’augmentation des cadences rend les journĂ©es toujours plus dures pour le personnel. L’arrivĂ©e d’un « pro-chemins de fer » au ministĂšre de la mobilitĂ© n’a stoppĂ© en rien les politiques de hausse de productivitĂ© brutale, d’externalisation, de flexibilisation et d’attaques du statut cheminot.

    Les futures nĂ©gociations autour du protocole d’accord social s’annoncent Ă  nouveau agitĂ©es. ReportĂ© d’un an en 2019 suite au cahier revendicatif imbuvable de la direction et de la grĂšve de 24h qui s’en Ă©tait suivi, reportĂ© Ă  nouveau d’un an en 2020 suite Ă  la crise sanitaire, il devrait dĂ©finitivement aboutir en 2021. Mais l’absence d’accord n’a pas empĂȘchĂ© la direction d’avancer ses pions, tandis que l’accord de gouvernement prĂ©voit de prĂ©parer les « ressources humaines » aux rĂšgles de la concurrence. Il ne fait aucun doute que la direction va utiliser la menace de libĂ©ralisation et les pertes liĂ©es Ă  la crise pour s’attaquer au personnel.

    Les cheminots et leurs syndicats devront s’avancer unis et dĂ©terminĂ©s pour obtenir des victoires. Les salaires n’ont pas Ă©tĂ© augmentĂ©s depuis une douzaine d’annĂ©es et nous n’avons pas reçu de « prime corona » malgrĂ© les risques encourus au plus fort des deux vagues. Obtenir un accord ne doit pas ĂȘtre un objectif en soi : en l’absence de rapport de force, cela pourrait mĂȘme constituer un recul. Mettre fin Ă  la politique de l’enveloppe fermĂ©e et aux augmentations de productivitĂ© sur le dos du personnel est possible, mais nĂ©cessite d’organiser un plan d’action dĂšs maintenant.

    Le rail doit rester public

    AprĂšs des dĂ©cennies de coupes budgĂ©taires, des moyens sont enfin dĂ©gagĂ©s pour le rail. Mais pour rĂ©pondre au dĂ©fi climatique et changer radicalement la façon dont on se dĂ©place, quelques mesures vertes ne suffiront pas. Des moyens doivent ĂȘtre dĂ©gagĂ©s pour que les cheminots puissent travailler dans de bonnes conditions et assurer la qualitĂ© du service. Les projets de libĂ©ralisations et de privatisations ne doivent pas seulement ĂȘtre reportĂ©s, mais jetĂ©s Ă  la poubelle.

    Une femme sur trois craint de prendre le train par peur des agressions sexuelles. C’est le rĂ©sultat d’une enquĂȘte commandĂ©e par le SPF MobilitĂ© fort commentĂ©e dans la presse le mois dernier. En l’absence de guichetiers ou d’autres membres du personnel pas suffisamment « rentables », le contrĂŽle social en gare est rĂ©duit Ă  son strict minimum. Et c’est prĂ©cisĂ©ment la politique de « prĂ©paration Ă  la libĂ©ralisation » qui mĂšne Ă  nouveau Ă  des suppressions de postes ! Nous n’avons pas besoin de libĂ©ralisation ni de privatisation : nous avons besoin d’un service public gĂ©rĂ© et financĂ© sur base des besoins de mobilitĂ© et de sĂ©curité !

    Dans l’intĂ©rĂȘt des cheminots comme des usagers, nous avons besoin d’un changement Ă  180 degrĂ©s. Infrabel, la SNCB et les services externalisĂ©s doivent ĂȘtre Ă  nouveau fusionnĂ©s pour constituer un service public qui assure des solutions collectives Ă  la mobilitĂ©. Le chemin de fer doit ĂȘtre gĂ©rĂ© dĂ©mocratiquement pour rĂ©pondre Ă  nos besoins, et non pour prĂ©parer la soif de profit de quelques actionnaires.

  • Le personnel de la STIB a raison : sans sĂ©curitĂ©, pas question de travailler !

    Avec l’ouverture d’un plus grand nombre d’entreprises et de magasins cette semaine et le redĂ©marrage partiel des Ă©coles la semaine prochaine, les transports publics doivent Ă©galement revenir Ă  un horaire plus soutenu, ce qui ramĂšne Ă  la surface un grand nombre de problĂšmes prĂ©existants. Ceux-ci combinĂ©s Ă  la pandĂ©mie de Covid-19 crĂ©ent des situations inacceptables pour le personnel et les usagers.

    La foule dans les bus, les trams et les métros augmente lentement depuis plusieurs semaines maintenant. Souvent, le nombre de passagers prévu a déjà été dépassé. La semaine prochaine, les écoles rouvriront également en partie. La STIB a donc voulu revenir à son cours normal, sans garantie que les bus, les trams ou les métros ne seraient pas surchargés.

    En outre, le personnel de conduite peut prendre son service en ligne sans passer par le dĂ©pĂŽt. Au cours du service alternatif, chaque changement de conducteur Ă©tait effectuĂ© au dĂ©pĂŽt, sans voir un autre collĂšgue et avec suffisamment de temps et d’espace pour dĂ©contaminer correctement le vĂ©hicule. Avec la prise du service en ligne, le conducteur et les passagers doivent attendre sur des quais Ă©ventuellement surchargĂ©s et/ou se rendre au dĂ©pĂŽt avec un bus, un tramway ou un mĂ©tro Ă©ventuellement surchargĂ©. En outre, ce changement doit ĂȘtre effectuĂ© immĂ©diatement, sans prendre suffisamment de temps pour dĂ©contaminer la cabine.

    Il n’est donc pas surprenant que certains membres du personnel considĂšrent ces circonstances comme dangereuses et s’appuient sur le droit de retrait, un droit souvent appliquĂ© en France, qui repose sur l’obligation de l’employeur d’offrir des conditions de travail sĂ»res. Un travailleur qui s’estime en situation dangereuse peut selon ce droit refuser de travailler sans subir aucun dĂ©savantage. En cas de danger grave et imminent, un travailleur peut donc quitter son lieu de travail. La direction de la STIB refuse de reconnaĂźtre de droit et considĂšre ses employĂ©s comme Ă©tant en congĂ© injustifiĂ© et, puisque les syndicats refusent de reconnaĂźtre cette action, cela ouvre la voie Ă  des mesures disciplinaires individuelles. C’est scandaleux ! Cette attitude est irresponsable tant de la part de la direction que de la par des directions syndicales. Les dirigeants syndicaux feraient mieux de reconnaĂźtre cette action et de soumettre toute proposition d’accord au personnel afin que la base puisse dĂ©cidĂ©e par un vote.

    Bien entendu, ce ne sont pas les seuls points de discorde : outre la sĂ©curitĂ© immĂ©diate du personnel, il est aussi question d’un meilleur Ă©quilibre entre vie professionnelle et vie privĂ©e. Dans l’horaire ajustĂ© du confinement, il n’y avait pas de service fractionnĂ©s, mais cela revient Ă©galement maintenant sur la table. De nombreux employĂ©s veulent se dĂ©barrasser de cela depuis longtemps dĂ©jĂ . Cette crise aurait pu ĂȘtre l’opportunitĂ© de le faire et d’ainsi permettre de limiter le nombre de trajets pour se rendre au travail et en revenir. En raison des services fractionnĂ©es aux heures de pointe du matin et du soir, un travailleur doit se rendre au travail et en revenir deux fois par jour. Cela comporte Ă©videmment des risques. Celles et ceux qui habitent loin n’ont d’autre choix que de rester au dĂ©pĂŽt entre deux quarts de travail. C’est aussi un risque.

    Une fois de plus, il est clair que des conditions de travail sĂ»res et dĂ©centes pour le personnel des transports publics ne sont pas une prioritĂ© sous le capitalisme. Pour les voyageurs Ă©galement, la sĂ©curitĂ© des transports publics est impossible en suivant la logique d’austritĂ©. À New York, l’une des villes les plus touchĂ©es au monde, les scientifiques estiment que le mĂ©tro a jouĂ© un rĂŽle important dans la propagation du virus.

    Se concentrer sur les intĂ©rĂȘts des passagers et du personnel prĂ©suppose un investissement massif dans les transports publics. Comme dans d’autres secteurs essentiels, assurer la sĂ»retĂ© de l’environnement de travail exige davantage de moyens et de personnel. Transporter un nombre normal de passagers dans des conditions sĂ»res nĂ©cessite en fait davantage de trajets et le contrĂŽle du nombre maximum de passagers. En outre, des masques gratuits pourraient ĂȘtre distribuĂ©s et du personnel supplĂ©mentaire est nĂ©cessaire pour dĂ©contaminer les vĂ©hicules et les stations de mĂ©tro. L’organisation de trajets supplĂ©mentaires avec plus de personnel peut ne pas sembler Ă©vidente en ce moment. Mais du personnel ayant un savoir-faire dans le secteur des transports (les autocars par exemple) est actuellement au chĂŽmage. Pourquoi ne pas faire Ă©tudier les pĂ©nuries en fonction des possibilitĂ©s ? Mais cela nĂ©cessite une planification plus globale de l’économie.

    Pour cela, nous devrons nous organiser dans des syndicats combatifs oĂč les membres dĂ©cident ensemble des revendications nĂ©cessaires et des tactiques Ă  utiliser pour obtenir satisfaction. Cette crise du covid-19 n’a pas mis fin aux divisions de classe, nous devons donc poursuivre la lutte pour les intĂ©rĂȘts de la nĂŽtre. Contrairement Ă  ce que les mĂ©dias traditionnels voudraient nous faire croire, nous ne sommes pas tous dans le mĂȘme bateau.

  • [INTERVIEW] SNCB « L’épidĂ©mie de Coronavirus est surtout rĂ©vĂ©latrice de l’importance du combat syndical »

    Nous avons discutĂ© avec un cheminot de la maniĂšre dont la crise du Coronavirus a Ă©tĂ© gĂ©rĂ©e Ă  la SNCB, de la pression des travailleurs qu’il a fallu instaurer pour les premiĂšres mesures de sĂ©curitĂ© sanitaire et des perspectives immĂ©diates pour le rail.

    Comment s’est dĂ©veloppĂ©e la rĂ©action Ă  l’épidĂ©mie de Coronavirus au sein des Chemins de fer ?

    Comme dans beaucoup d’entreprises nous avons Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  un manque de prĂ©paration flagrant, ce qui a entraĂźnĂ© Ă©normĂ©ment de retard dans la mise en place des mesures de prĂ©caution nĂ©cessaires. Les cheminots paient bien sĂ»r le manque de prĂ©vention des gouvernements – comme la pĂ©nurie de masques –, les consĂ©quences de la confusion dans les recommandations sanitaires et leur annonce tardive.

    Bien que ces derniers jours l’atmosphĂšre soit plutĂŽt Ă  la stabilisation, il a fallu plusieurs semaines et une Ă©norme pression « venant d’en bas » pour assurer des conditions de travail un tant soit peu sĂ©curisĂ©es. Tout n’est pas encore rĂ©glĂ©, loin de lĂ . ParallĂšlement Ă  ça, des diffĂ©rends ou des contradictions qui existaient dĂ©jĂ  se retrouvent sous le feu des projecteurs, alors que d’autres sont apparus.

    Nous avons connaissance de cas de contamination au Covid-19 par des cheminots. Ceux-ci reçoivent Ă©videmment beaucoup de marques de soutien. Malheureusement au moins l’un d’entre eux y a laissĂ© la vie, et beaucoup d’autres ne sont pas tirĂ©s d’affaire. C’est pourquoi notre tĂąche prioritaire reste de veiller Ă  ce que les normes sanitaires les plus strictes soient d’application, partout.

    Les trains continuent de rouler, comment est organisé le travail ?

    Le personnel administratif a Ă©tĂ© invitĂ© Ă  utiliser massivement le tĂ©lĂ©travail. Il n’y avait pas d’autres solutions dans la crise mais cela pose de nombreux problĂšmes pratiques. Il est par exemple trĂšs difficile d’organiser ses tĂąches professionnelles tout en s’occupant de ses enfants. Ces travailleurs n’ont pas tout le matĂ©riel et l’infrastructure habituelle pour effectuer leur travail dans de bonnes conditions. Des questions se posent aussi concernant la mĂ©thode de comptabilisation de leur temps de travail et les jours de rĂ©cupĂ©ration.

    Une grande partie du personnel – dit « opĂ©rationnel » – continue de travailler sur le terrain pour assurer un service de train adaptĂ© (plan STIN). Il s’agit notamment des ateliers, des cabines de signalisation, des techniciens, du personnel roulant, d’une partie des guichetiers, des services de nettoyage, etc. Les conditions de travail ont Ă©tĂ© adaptĂ©es pour permettre la distanciation sociale et une meilleure hygiĂšne. Ces adaptations ont parfois Ă©tĂ© faites par la concertation, parfois dans le conflit. L’organisation traditionnelle du travail n’était Ă©videmment pas du tout adaptĂ©e Ă  une situation de crise Ă©pidĂ©mique. Mais certains facteurs ont aggravĂ© les tensions, comme la volontĂ© de la direction de la SNCB de vouloir maintenir un maximum d’agents sur leurs lieux de travail quitte Ă  mettre leur santĂ© en pĂ©ril.

    La direction a eu peur, à trÚs juste titre, que survienne un mouvement généralisé.

    Les travailleurs et les bases syndicales ont dĂ» mettre une Ă©norme pression pour rĂ©clamer les mesures nĂ©cessaires. Il y a eu quelques arrĂȘts de travail, notamment Ă  l’atelier de traction de Schaerbeek Ă  la mi-mars. Les collĂšgues devaient intervenir sur des rames sans avoir la moindre garantie qu’elles Ă©taient nettoyĂ©es et sans matĂ©riel de protection. La tempĂ©rature Ă©tait bouillante sur ces lieux de travail qui ont souvent Ă©tĂ© par le passĂ© des points de dĂ©part de mouvements spontanĂ©s massifs, comme en 2016. La direction a eu peur, Ă  trĂšs juste titre, que survienne un mouvement gĂ©nĂ©ralisĂ©. Mais le plus gros de la contestation s’est finalement orientĂ© vers des mĂ©thodes individuelles : le taux de maladie a dans un premier temps explosĂ©, car les agents refusaient de travailler en risquant leur vie ou n’avaient par exemple aucune solution pour la garde de leurs enfants.

    La question du personnel faisant partie des « catĂ©gories Ă  risque » n’est pas du tout rĂ©glĂ©e. Il n’y a pas eu de mesure gĂ©nĂ©ralisĂ©e pour protĂ©ger les agents les plus susceptibles d’avoir des complications en cas de contamination. Ces collĂšgues sont renvoyĂ©s vers les mĂ©decins traitants mais leurs dĂ©cisions ne sont pas toujours cohĂ©rentes. La mĂ©decine du travail se contente de suivre mollement les recommandations de Sciensano [ndlr : l’institut scientifique de santĂ© publique] qui sont lacunaires. Cette problĂ©matique est rĂ©glĂ©e de maniĂšre individuelle et non collective, avec tous les problĂšmes que cela entraĂźne. Certains travailleurs viennent donc au boulot la peur au ventre.

    N’est-ce pas un moindre mal puisque personne n’avait prĂ©vu une telle crise ?

    L’épidĂ©mie de Coronavirus est surtout rĂ©vĂ©latrice de l’importance du combat syndical. Bien qu’elle ait surpris tout le monde de par son ampleur, le danger d’une extension de l’épidĂ©mie de l’Asie vers l’Europe avait Ă©tĂ© mis Ă  l’ordre du jour par des dĂ©lĂ©guĂ©s syndicaux dans des CPPT dĂ©jĂ  au mois de fĂ©vrier [ndlr : il existe 77 CPPT au sein des chemins de fer belges]. Ceux-ci ont surtout l’impression de ne pas avoir Ă©tĂ© pris assez au sĂ©rieux
 Par aprĂšs le travail de nombreux dĂ©lĂ©guĂ©s de terrain a permis beaucoup d’adaptations nĂ©cessaires pour limiter les risques. La santĂ© au travail est un des combats historiques des syndicats et il est de nouveau Ă  l’avant-plan, sans doute pour longtemps.

    Comment ont réagi les syndicats, justement ?

    Lors du dĂ©clenchement de la crise, les trois « grands » syndicats ont acceptĂ© la proposition de la direction de cantonner toutes les nĂ©gociations sur les mesures de crise au sein du « ComitĂ© de pilotage », un organe paritaire dĂ©jĂ  existant mais extrĂȘmement restreint. Cette rĂ©solution a Ă©tĂ© justifiĂ©e par l’importance de gĂ©rer les dĂ©cisions de maniĂšre trĂšs centralisĂ©e, vu l’urgence dans les mesures Ă  prendre. Cela peut aussi se justifier par la structure complexe de la concertation sociale au sein des chemins de fer belges en temps normal, avec prĂšs d’une centaine d’organes paritaires officiels. Enfin, la difficultĂ© Ă  organiser des rĂ©unions par visioconfĂ©rence a Ă©tĂ© invoquĂ©e, bien qu’il s’agisse d’un argument bancal.

    Cette mĂ©thode a eu pour consĂ©quence de tordre le bras Ă  la logique de dĂ©mocratie syndicale. Alors que le ComitĂ© de pilotage ne comprend que quelques dirigeants syndicaux, les dĂ©lĂ©guĂ©s qui siĂšgent dans les commissions paritaires rĂ©gionales et les comitĂ©s pour la prĂ©vention et la protection au travail ont tous Ă©tĂ© Ă©lus lors des Ă©lections sociales de dĂ©cembre 2019. Les rĂ©sultats des Ă©lections sociales ont donc Ă©tĂ© en quelque sorte suspendus. Le fait que la plupart des rĂ©unions internes aux syndicats aient Ă©tĂ© annulĂ©es n’a fait qu’aggraver les choses. L’organisation du travail syndical s’en retrouve donc aussi perturbĂ©e et dĂ©pend du bon vouloir des responsables syndicaux locaux et nationaux. Du cĂŽtĂ© des « petits » syndicats, certaines bonnes initiatives ont Ă©tĂ© prises comme la demande d’écartement du personnel Ă  risque, mais sans succĂšs.

    MalgrĂ© ces difficultĂ©s et grĂące Ă  une pression intense, nous avons pu obtenir des victoires pour faire respecter les mesures de prĂ©caution. Quelques exemples : des vitres ont Ă©tĂ© installĂ©es aux guichets (comme dans les supermarchĂ©s), du matĂ©riel de dĂ©sinfection distribuĂ© Ă  une grande partie du personnel, un nettoyage sĂ©rieux des locaux et des trains, une sĂ©rie de concessions dans l’organisation du travail, la suspension de mesures de rĂ©pression des malades,
 Une Ă©crasante majoritĂ© de ces mesures n’auraient pas Ă©tĂ© instaurĂ©es sans la pression des travailleurs et de leurs syndicats.

    D’autres dossiers ne sont toujours pas conclus ou ont donnĂ© un rĂ©sultat mitigĂ©. La direction a par exemple instaurĂ© des mesures d’hyper-flexibilitĂ© dans Ă  peu prĂšs tous les services en argumentant que c’était nĂ©cessaire pour pouvoir gĂ©rer les variations importantes des taux d’absentĂ©isme. Et elle profite de la baisse de la charge de travail dans certains services pour apurer de force les jours de rĂ©cupĂ©ration qu’elle doit au personnel, une dette historique créée par un sous-effectif structurel. Sans rĂ©ponse de notre part, elle va utiliser cyniquement cette situation. Nous devrions peut-ĂȘtre exiger une baisse collective du temps de travail avec maintien des salaires, organisĂ©e par le personnel lui-mĂȘme. La direction n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  avancer son propre programme pour dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts, en mettant ainsi des vies en danger. Mais cela a permis aussi de sensibiliser les collĂšgues sur la nĂ©cessitĂ© de construire le nĂŽtre.

    « Never waste a good crisis », comme disait Churchill ?

    Exactement. Une sĂ©rie de mesures exceptionnelles qui s’imposent aujourd’hui pour raison sanitaire ont historiquement Ă©tĂ© combattues par les syndicats. Le tĂ©lĂ©travail par exemple, n’a jamais Ă©tĂ© vu d’un bon Ɠil. Le maintien des guichets dans les petites gares est une revendication principale des organisations syndicales. Mais avec les risques de contamination, nous avons dĂ» nous adapter. Le personnel et ses reprĂ©sentants syndicaux ont demandĂ© la fermeture des guichets, avec plus ou moins de succĂšs. La SNCB a fait afficher partout des messages incitants les voyageurs Ă  utiliser uniquement les automates ou le site web. Une diminution de la frĂ©quentation dans les guichets « physiques » pourrait servir d’argument Ă  la direction pour diminuer les effectifs plus tard.

    Ce sont des dĂ©bats qui compliquent la situation. La direction pourrait aussi « jouer la montre » pour faire perdurer autant que possible certaines mesures de flexibilitĂ© lorsqu’elles deviendront obsolĂštes. C’est pourquoi il est crucial de construire un rapport de force en faveur du personnel, pour pouvoir peser dans la suite de la crise et dans l’aprĂšs. Surtout que de nouvelles nĂ©gociations sur un protocole d’accord social doivent reprendre d’ici septembre.

    Mais si nous sommes conscients de ces dangers, nous sommes dĂ©jĂ  plus forts. D’autant que l’importance des services publics n’avait plus Ă©tĂ© mise en avant de telle maniĂšre depuis longtemps. Quels que soient les risques, on nous demande de continuer Ă  travailler
 Beaucoup de cheminots sont d’accord de travailler pour autant qu’ils soient correctement protĂ©gĂ©s et que cela soit pour assurer les trajets essentiels ! Il y a aussi beaucoup de dĂ©bats autour de ces trajets. Il faut souligner que nous vivons un « confinement hypocrite », des entreprises qui ne produisent rien d’essentiel continuent pourtant Ă  tourner pour faire du profit. Et les dĂ©gĂąts du virus capitaliste rendent difficile l’application du confinement : allez expliquer Ă  un SDF de rester chez lui et de ne pas se dĂ©placer


    Quelles sont les perspectives pour les prochaines semaines ?

    Nous avons obtenu des victoires syndicales, mais elles sont fort variables en fonction des lieux de travail car elles dĂ©pendent pour beaucoup du rapport de force local. Peut-ĂȘtre qu’il aurait Ă©tĂ© plus judicieux d’utiliser le haut niveau de combativitĂ© qui existait sur certains lieux de travail pour obtenir un maximum de concessions pour l’ensemble des cheminots, plutĂŽt que de laisser s’installer des inĂ©galitĂ©s. Nous allons donc devoir, petit Ă  petit, faire un bilan pour que toutes ces expĂ©riences soient assimilĂ©es et mises Ă  profit pour ĂȘtre plus forts lors des prochaines situations de ce genre.

    On se dirige vers un « dĂ©confinement progressif » en Belgique. Il est donc probable qu’à moyen terme une sĂ©rie d’activitĂ©s reprennent progressivement mais que les rassemblements restent interdits. Nous avons besoin d’un plan pour rĂ©pondre aux questions que cette nouvelle phase va poser. Cela concerne des questions trĂšs pratico-pratiques, comme la problĂ©matique du port du masque pour le personnel en premiĂšre ligne. Mais aussi des sujets plus conflictuels : nous ne pouvons plus accepter, par exemple, que les CPPT et les organes paritaires soient suspendus.

    Nous devons aussi travailler sur les dossiers toujours en cours : exiger une solution pour le personnel à risque, ne pas baisser la garde concernant les mesures de précaution, le respect de la réglementation sur les jours de récupération, etc.

    Ces Ă©vĂ©nements illustrent aussi l’importance de la dĂ©fense du statut cheminot. Ce statut nous a servi de bouclier pendant la crise ; nous voyons les ravages qu’elle fait chez les travailleurs du secteur privĂ©. La part de contractuels aux chemins de fer a sensiblement augmentĂ© ces derniĂšres annĂ©es mais le rapport de force a Ă©tĂ© Ă  priori suffisant pour les protĂ©ger. DĂ©fendre ce bouclier, exiger la statutarisation du personnel contractuel, revendiquer la rĂ©intĂ©gration des services qui ont Ă©tĂ© externalisĂ©s, tous ces sujets devront ĂȘtre mis Ă  l’agenda. Une partie des tĂąches de nettoyage des trains est sous-traitĂ©e depuis des annĂ©es par exemple, c’est l’un des facteurs qui a Ă©tĂ© Ă  l’origine du chaos que nous avons connu fin mars, car une sociĂ©tĂ© privĂ©e a lĂąchĂ© la SNCB au pire moment.

    Enfin, nous rĂ©clamerons un vĂ©ritable plan d’action contre la libĂ©ralisation du chemin de fer. C’est assez ironique, des politiciens et des dirigeants d’entreprises qui hier encore vantaient la loi du marchĂ© privĂ© abondent aujourd’hui en faveur de l’importance du service public. Nous n’avons aucune illusion envers ces gens, ce sont les mĂȘmes qui dĂ©fendent le projet de libĂ©ralisation du rail. Au Royaume-Uni, la crise a entraĂźnĂ© la quasi-faillite de sociĂ©tĂ©s ferroviaires privĂ©es qui doivent aujourd’hui ĂȘtre reprises en main par l’Etat. En Belgique, le gouvernement a sollicitĂ© la SNCB pour mettre en place un service des trains considĂ©rĂ© comme « d’utilitĂ© publique » mais qui est financiĂšrement « Ă  perte » ; cela n’aurait pas Ă©tĂ© possible en suivant la logique du profit. Ce ne sont pas des choses que nous oublierons lorsque la crise sera passĂ©e.

    Les dĂ©gĂąts des politiques nĂ©olibĂ©rales sont catastrophiques, elles dĂ©truisent les infrastructures essentielles dont la population a besoin. Cela n’a jamais Ă©tĂ© autant visible qu’aujourd’hui dans le secteur de la santĂ©. Les syndicats devraient organiser en front commun une grande campagne pour la dĂ©fense du service public. En ce qui concerne le rail nous avons besoin d’un transport public accessible, efficace et lui aussi refinancĂ©. Il est encore temps de bloquer ce projet de libĂ©ralisation !

  • Coronavirus. De Lijn : ‘‘Ne pas attendre les mesures de la direction’’

    Divers experts et mĂ©dias recommandent frĂ©quemment d’éviter les transports publics, en particulier aux heures de pointe. En combinaison d’une gestion de crise oĂč la confiance fait dĂ©faut, cela provoque beaucoup d’anxiĂ©tĂ© chez les chauffeurs et le reste du personnel.

    Par un chauffeur

    De Lijn s’est vantĂ© dans la presse que les vĂ©hicules seraient nettoyĂ©s quotidiennement. Beaucoup de collĂšgues ont entendu ça avec colĂšre. C’est faux. Au mieux, les vĂ©hicules sont rapidement balayĂ©s. Il est impossible d’effectuer un nettoyage adĂ©quat aprĂšs toutes les Ă©conomies rĂ©alisĂ©es et le manque de personnel que cela implique dans les services de soutien et les services techniques.

    Un comitĂ© Covid19 a Ă©tĂ© créé Ă  De Lijn, mais il ne comporte que des reprĂ©sentants de la direction et des mĂ©decins d’entreprise. Les reprĂ©sentants du personnel, les syndicats, en sont exclus ! La communication est principalement effectuĂ©e via l’intranet, ce qui est largement insuffisant. En outre, les mesures sont prises trop tard et reposent sur des considĂ©rations autres que la santĂ© du personnel et des voyageurs.

    Le jeudi 12 mars, plusieurs CPPT (ComitĂ© pour la prĂ©vention et la protection au travail) ont demandĂ© que plus aucun trajet ne soit vendu sur les vĂ©hicules, de ne plus accepter de paiements en espĂšces, de laisser les passagers monter Ă  l’arriĂšre des vĂ©hicules et de protĂ©ger le chauffeur, afin qu’une distance d’au moins 1 mĂštre ou 1,5 mĂštre puisse ĂȘtre respectĂ©e.

    Jeudi soir, un certain nombre de mesures ont Ă©tĂ© annoncĂ©es, telles que la distribution de gels ou de lingettes dĂ©sinfectantes,
 Ces mesures sont nĂ©cessaires, mais insuffisantes. Les questions soulevĂ©es par les CPPT n’ont suscitĂ© aucune rĂ©action.

    Le front commun syndical a demandĂ© l’organisation d’une rĂ©union d’urgence en exigeant l’adoption immĂ©diate de mesures supplĂ©mentaires. ParallĂšlement, des initiatives ont Ă©tĂ© prises en divers endroits par les dĂ©lĂ©gations syndicales. Les syndicats ont distribuĂ© des affiches aux chauffeurs de bus anversois avec le message ‘‘montez Ă  l’arriĂšre du bus’’ et ‘‘pas de vente de billets’’. Des rubans ont Ă©galement Ă©tĂ© tendus dans les bus pour assurer qu’une distance soit respectĂ©e. Si la direction refuse de prendre soin de notre santĂ© et de notre sĂ©curitĂ©, Ă  nous de le faire !

    En fin de compte, la direction n’a pas eu d’autre choix que d’adopter ces mesures. Mais elle a tout d’abord refusĂ© d’autoriser les rubans de dĂ©marcation. À Anvers, la direction les a faits enlever des bus. Un nouveau collĂšgue faisait remarquer : ‘‘C’est comme une guerre entre les cadres et les chauffeurs’’. Finalement, la mesure de protection a Ă©tĂ© imposĂ©e. Mais il est typique que cela n’ait pu ĂȘtre le cas que sous pression de la base.

    Heureusement, la solidaritĂ© entre collĂšgues est trĂšs grande. Mais beaucoup se demandent combien de temps ils devront rouler ainsi. Ne ferions-nous pas mieux de passer Ă  un service minimum avec des Ă©quipes plus restreintes ? Ce systĂšme a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© testĂ© lors d’une grĂšve (pour les lignes prioritaires), cela peut donc ĂȘtre appliquĂ© assez rapidement (cela permettrait que le systĂšme soit utilisĂ© Ă  l’avantage du personnel au moins une fois au lieu de servir Ă  briser les grĂšves).

    En tout cas, il est clair que nous ne devons pas rester assis Ă  attendre que la direction prenne des mesures. C’est une honte qu’aucun reprĂ©sentant du personnel ne figure dans le comitĂ© Covid19. C’est de notre santĂ© qu’il s’agit ! C’est exactement pour cela qu’un CPPT existe, avec des reprĂ©sentants du personnel ! La direction veut profiter de cette situation de crise pour Ă©tablir une nouvelle norme dans le processus dĂ©cisionnel en excluant toute participation des reprĂ©sentants syndicaux.

    Il est scandaleux que nos droits dĂ©mocratiques soient ainsi bafouĂ©s. Et Ă©galement scandaleux que la direction refuse de se rĂ©unir avec les dĂ©lĂ©guĂ©s en raison des risques pour la sĂ©curitĂ© : ces mĂȘmes dĂ©lĂ©guĂ©s circulent chaque jour avec des bus et des trams pleins. Et il existe aujourd’hui des possibilitĂ©s technologiques suffisantes pour tenir des rĂ©unions Ă  distance.

    Une fois de plus, il est Ă©vident que nous ne devons pas compter sur le gouvernement ou la direction pour la protection du personnel. Sur les lieux de travail, nous savons mieux que quiconque ce qui doit ĂȘtre fait pour notre protection. Nous l’avons dĂ©montrĂ© une fois de plus. Nous ne devons pas nous arrĂȘter aux initiatives spontanĂ©es, mais mieux nous organiser. Pourquoi ne pas crĂ©er nos propres comitĂ©s pour discuter des mesures Ă  prendre et, si la direction n’est pas prĂȘte Ă  les accepter, les mettre en Ɠuvre nous-mĂȘmes ?

    Les mesures en faveur de notre sĂ©curitĂ©, de notre santĂ© et de nos intĂ©rĂȘts sociaux ne doivent pas dĂ©pendre de la direction. C’est nous qui faisons tourner la boutique, nous devons pouvoir participer aux dĂ©cisions qui nous concernent !

  • Coronavirus. SNCB : ‘‘Il y a eu chez nous comme ailleurs une sous-estimation du danger’’

    Alors que le pays est petit Ă  petit mis Ă  l’arrĂȘt, nous constatons que ce sont les fonctionnaires, rĂ©guliĂšrement pointĂ©s du doigt par les politiciens de droite pour leurs soi-disant « privilĂšges », qui sont appelĂ©s Ă  la rescousse. Les hĂŽpitaux et les services de secours sont sur le pied de guerre, les enseignants sont en premiĂšre ligne, et les agents des transports en commun sont appelĂ©s Ă  continuer de travailler malgrĂ© les risques.

    Par un cheminot

    Bien qu’il soit encore trop tĂŽt pour tirer des conclusions, il semble clair pour de plus en plus de cheminots que les mesures prises en interne dans la lutte contre le coronavirus sont insuffisantes. Il y a eu chez nous comme ailleurs une sous-estimation du danger que reprĂ©sente cette pandĂ©mie. La prise de conscience s’est rapidement dĂ©veloppĂ©e ces derniers jours, mais la direction semble ĂȘtre toujours un temps en retard.

    L’argent en liquide continue Ă  ĂȘtre manipulĂ© aux guichets alors qu’il semble ĂȘtre un facteur important de contamination. Comme Ă  la TEC, la direction annonce des mesures de nettoyage spĂ©ciales depuis plusieurs jours mais nous ne les constatons pas sur le terrain. Dans certains services, les gels hydroalcooliques n’ont toujours pas Ă©tĂ© distribuĂ©s, mĂȘme aux nettoyeurs. L’ordre fait aux accompagnateurs de train d’effectuer un « contrĂŽle visuel » des titres de transports manque manifestement de clartĂ© et constitue donc un risque. Certaines mesures positives ont bel et bien Ă©tĂ© prises – lorsqu’elles sont appliquĂ©es –, comme la suppression des trains qui ne possĂšdent pas de toilettes en service Ă©quipĂ©es d’eau et de savon. Mais face Ă  l’urgence et aux mesures radicales qui semblent nĂ©cessaires, nous constatons surtout des actions de communication et des « prĂ©conisations ».

    Les managers ont cultivĂ© ces derniĂšres annĂ©es une culture du « prĂ©sentĂ©isme ». La mise en place de la nouvelle procĂ©dure de contrĂŽle des malades basĂ©e sur l’indice de Bradford, et l’introduction prĂ©vue dans les prochaines semaines d’ « entretiens maladies » entre la hiĂ©rarchie et les agents considĂ©rĂ©s comme « trop souvent malades » est en contradiction totale avec les mesures de prĂ©caution sanitaires nĂ©cessaires. Les nouvelles directives indiquant de rester chez soi lorsqu’on se sent malade, publiĂ©es tardivement et laissant toujours planer la menace de la visite d’un mĂ©decin contrĂŽle, commencent seulement Ă  faire leurs effets. La suspension immĂ©diate de toutes les mesures de rĂ©pression des agents malades est une nĂ©cessitĂ© absolue si nous voulons limiter la propagation du virus au sein de la sociĂ©tĂ©.

    La SNCB s’apprĂȘte Ă  mettre en place dans les prochains jours un « service alternatif des trains » si elle n’a plus Ă  sa disposition suffisamment d’agents en bonne santĂ© pour assurer le service habituel. L’opportunitĂ© d’activer ce scĂ©nario le plus tĂŽt ou le plus tard possible fait dĂ©bat, car la diminution du nombre de trains en circulation aurait pour consĂ©quence une augmentation de l’occupation des rames alors que la distanciation sociale est conseillĂ©e par les experts. Dans le mĂȘme temps, de nombreux agents qui sont en permanence au contact des usagers Ă©voquent leurs craintes d’ĂȘtre contaminĂ©s et de contaminer Ă  leur tour leurs proches malades, ĂągĂ©s, ou des voyageurs.

    Certains parents sont toujours Ă  la recherche d’une solution pour faire garder leurs enfants qui n’auront plus Ă©cole : les garderies, lorsqu’elles acceptent les enfants des cheminots, ne seront ouvertes que pendant les horaires d’écoles, alors qu’il y a des cheminots au travail Ă  n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. La revendication qui pourrait naĂźtre de cette situation serait la mise sur pied d’un service alternatif des trains sur base volontaire et accompagnĂ©e de mesures sanitaires renforcĂ©es.

    Les transports publics sont un service structurel dans la sociĂ©tĂ©, et de nombreuses personnes travaillant dans des services essentiels comme les soins de santĂ© les utilisent. Dans quelle mesure devrait-on pouvoir suspendre ou non le trafic des trains pour limiter la propagation d’une Ă©pidĂ©mie ? Cette question n’avait jamais Ă©tĂ© abordĂ©e auparavant, nous manquons de recul et elle fait donc toujours dĂ©bat. La rĂ©ponse devrait ĂȘtre tranchĂ©e sur base d’une discussion dĂ©mocratique Ă  propos des besoins sociaux absolument nĂ©cessaires. Une chose est sĂ»re : un gouvernement capitaliste, pour qui le profit des grandes sociĂ©tĂ©s a Ă©tĂ© la prioritĂ© durant les 6 derniĂšres annĂ©es, n’est pas capable de faire cela. Les travailleurs et leurs organisations, en Ă©tant organisĂ©s et dĂ©terminĂ©s, le pourraient.

    La direction des chemins de fer a son avis sur la question : en annulant toutes les rĂ©unions paritaires avec les reprĂ©sentants Ă©lus des travailleurs comme les CPPT, elle entend bien faire Ă  sa maniĂšre. La santĂ© des travailleurs a pourtant rarement Ă©tĂ© mise autant en danger, et des alternatives respectant les mesures de distanciation sociale sont possibles. Plus que jamais, la participation dĂ©mocratique du personnel aux mesures de santĂ© est nĂ©cessaire ! Non Ă  l’affaiblissement des droits dĂ©mocratiques !

  • Une grĂšve des cheminots bien suivie et qui appelle Ă  d’autres actions

    Les partis de droite espĂ©raient que l’introduction du service minimum permettrait de rĂ©vĂ©ler Ă  quel point les grĂšves ne bĂ©nĂ©ficient pas de soutien parmi le personnel. C’est tout l’inverse qui a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© ce 19 dĂ©cembre. La direction a fait valoir que prĂšs d’un tiers des trains circulaient, mais a dĂ» reconnaĂźtre en mĂȘme temps qu’une grande majoritĂ© du personnel Ă©tait en grĂšve. Il n’y avait pas de diffĂ©rence fondamentale dans la volontĂ© d’agir entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles. Ainsi, Ă  Anvers, prĂšs de 80% des accompagnateurs de train Ă©taient en grĂšve. Le personnel des guichets et le service de sĂ©curitĂ© Securail y Ă©taient Ă©galement en grĂšve.

    AprĂšs des annĂ©es d’économies sur le rail, la colĂšre est profonde. Avec 30 % de personnel en moins, comment peut-on offrir un service dĂ©cent avec 50% de voyageurs en plus ? L’étĂ© dernier, les accompagnateurs de train ont mĂȘme dĂ» faire grĂšve parce qu’ils ne parvenaient pas Ă  prendre le congĂ© qui leur revenait de droit ! Et maintenant, la direction veut encore plus rĂ©duire le personnel. Dans le cadre des nĂ©gociations d’un accord social, la direction souhaite supprimer progressivement le statut et employer de nouveaux travailleurs Ă  des conditions moins favorables, notamment en prolongeant la semaine de travail. Selon la direction, il est ors de question d’augmentation le salaire minimum, ce qui serait pourtant une premiĂšre depuis 10 ans. L’argent ne manquait cependant pas pour augmenter le nombre de membres du conseil d’administration.

    La pĂ©nurie de personnel se fait sentir dans toutes les catĂ©gories professionnelles. Au piquet de grĂšve d’Anvers-Berchem, un des sujets abordĂ©s Ă©tait la situation dĂ©sastreuse des guichetiers, qui souvent ne savent pas Ă  l’avance quand ils devront travailler et ne sont parfois que deux pour tenir les guichets. Les conducteurs de train sont « hors sĂ©rie » quelques mois par an, durant lesquels ils ne savent pas non plus quand ils doivent travailler, mais contrairement au passĂ©, ils n’y a pas de place pour quelques jours de repos. Et tant pis pour la vie sociale. Mais la direction s’en moque. D’une logique de service Ă  la communautĂ©, le management va de plus en plus loin dans la logique d’une entreprise privĂ©e.

    Le soutien dont qu’on reçu les grĂ©vistes aux piquets de grĂšve dĂ©montre que les voyageurs se rendent bien compte de la situation. Lorsque des passagers passaient pour prendre les quelques trains qui roulaient, essentiellement aux heures de pointe, les rĂ©actions nĂ©gatives Ă©taient extrĂȘmement minimes, surtout en comparaison des politiciens et des mĂ©dias traditionnels. C’est logique, n’importe quel voyageur sait que les problĂšmes sont nombreux. Les passagers sont eux aussi fatiguĂ©s du manque d’investissements dans de bons services.

    La question par excellence sur les piquets Ă©taient de savoir comment continuer. Il n’y a pas eu de rĂ©ponses concrĂštes, sauf que le plan d’action sera poursuivi en janvier. Lors du point d’information Ă  la gare d’Anvers-Berchem, un militant a proposĂ© de formuler des revendications offensives qui ne se limitaient pas aux salaires, mais qui comprenaient aussi, par exemple, la demande de 3.000 recrues statutaires supplĂ©mentaires afin de remĂ©dier Ă  la pĂ©nurie de personnel et d’amĂ©liorer le service. Ce serait une excellente revendication Ă  dĂ©fendre lors des rĂ©unions du personnel des diffĂ©rentes catĂ©gories professionnelles, lĂ  oĂč un plan d’action peut ĂȘtre proposĂ© et votĂ©. Lors de ces rĂ©unions, les revendications spĂ©cifiques des diffĂ©rentes catĂ©gories professionnelles peuvent Ă©galement ĂȘtre Ă©laborĂ©es. De cette façon, la participation aux actions peut ĂȘtre accrue.

    Il Ă©tait trĂšs clair hier que la volontĂ© d’agir ne manque pas, y compris en allant au-delĂ  des frontiĂšres syndicales, mais aussi avec l’implication d’autres secteurs. Les problĂšmes s’accumulent partout : la politique d’austĂ©ritĂ© suscite le mĂ©contentement dans tous les domaines. Il est grand temps de se battre !

    Bruxelles.

    Anvers

    Namur

    Namur

  • La SNCB et Infrabel condamnĂ©es dans le procĂšs Buizingen : rĂ©action d’un cheminot

    Le jugement est tombĂ© dans le procĂšs Buizingen, la collision ferroviaire qui avait fait 19 morts et 162 blessĂ©s le 15 fĂ©vrier 2010. La SNCB et Infrabel ont Ă©tĂ© reconnues comme principales responsables de l’accident pour « dĂ©faut de prĂ©voyance » et condamnĂ©es chacune Ă  550 000 euros d’amende. Quant au conducteur du train, la justice a considĂ©rĂ© qu’il Ă©tait en tort tout en soulignant les difficultĂ©s auxquelles il Ă©tait soumis. Familles de victimes et responsables syndicaux se sont dit soulagĂ©s du verdict.

    Par un Cheminot

    Les dĂ©bats sur la sĂ©curitĂ© ferroviaire se limitent trop souvent Ă  une discussion sur la mise en place de systĂšmes de freinage, chargĂ©s de stopper les trains lorsqu’une erreur humaine est commise. Bien qu’ils soient cruciaux, la sĂ©curitĂ© ferroviaire est un domaine bien plus large. Un accident rĂ©sultant toujours d’une combinaison de facteurs dĂ©faillants – erreur humaine, bug technique, hasard, procĂ©dure non respectĂ©e, malentendus – une vĂ©ritable « culture de la sĂ©curitĂ© » nĂ©cessite un investissement dans la fiabilitĂ© de chacun de ses facteurs. Une formation suffisante, des conditions de travail dĂ©centes et une rĂ©flexion approfondie aprĂšs chaque incident sont notamment nĂ©cessaires pour limiter drastiquement le risque d’erreur humaine. Un investissement massif dans les derniĂšres technologies de sĂ©curitĂ©, qui doivent Ă©quiper tant les voies que le matĂ©riel roulant, permet lui aussi d’augmenter le niveau de fiabilitĂ©.

    Il a fallu plusieurs accidents tragiques sur le rĂ©seau ferroviaire belge pour que l’implĂ©mentation des systĂšmes d’aide Ă  la conduite soit prise au sĂ©rieux, mais le retard n’a jamais Ă©tĂ© complĂštement rĂ©sorbĂ©. Une mĂšre d’une des victimes de l’accident de Buizingen soulignait Ă  juste titre que les conclusions judiciaires de l’accident de Pecrot (2001, 8 morts) et celles de Buizingen sont scandaleusement semblables : les entreprises ferroviaires n’avaient pas mis tout en Ɠuvre pour assurer la sĂ©curitĂ© des voyageurs, contrairement Ă  leur mission.

    Mais Ă  notre avis, ce verdict sĂ©vĂšre et justifiĂ© pour la SNCB et Infrabel ne doit pas masquer les responsabilitĂ©s politiques de ces drames. La « culture de la sĂ©curitĂ© » coĂ»te cher, tant en moyens humains que techniques. Des coupes budgĂ©taires successives ont Ă©tĂ© imposĂ©es au service public ferroviaire, alors mĂȘme que le nombre de voyageurs Ă©tait en croissance. L’augmentation du trafic est un facteur de risque qui ne peut ĂȘtre compensĂ© que par une amĂ©lioration de tous les facteurs touchant Ă  la sĂ©curitĂ© en parallĂšle. Mais alors que les besoins n’ont fait que croĂźtre, les subventions publiques ont diminuĂ© (lire notre article Ă  ce sujet).

    Les derniĂšres coupes budgĂ©taires du gouvernement Michel ainsi que le projet europĂ©en de libĂ©ralisation du rail ont une nouvelle fois mis une Ă©norme pression sur la SNCB et Infrabel. Les patrons du rail ne cessent de rĂ©pĂ©ter que « la productivitĂ© doit encore augmenter » et souhaitent nĂ©gocier de nouvelles rĂ©formes pour accroĂźtre la flexibilitĂ© des cheminots. Alors que le rapport de la commission d’enquĂȘte parlementaire mise en place aprĂšs l’accident de Buizingen recommandait que les journĂ©es de travail ne puissent pas dĂ©passer les 8h pour des raisons de sĂ©curitĂ©, Infrabel souhaite aujourd’hui mettre en place des shifts de 12h dans les cabines de signalisation. Le prĂ©sident de cette commission Ă©tait l’actuel ministre des transports en affaires courantes, François Bellot.

    Pour un transport public ferroviaire sĂ»r et efficace, cheminots et usagers doivent exiger un plan d’investissement public massif, dĂ©veloppĂ© dans l’intĂ©rĂȘt collectif et non dans une perspective de rentabilitĂ©.06

  • Le gouvernement flamand dĂ©truit les transports en commun. Et tant pis pour le climat


    Les mĂ©dias sont prompts Ă  dĂ©nigrer le personnel de la sociĂ©tĂ© flamande de transport en commun De Lijn lorsque celui-ci dĂ©nonce tout ce qui n’y tourne pas rond. Il a fallu que le malaise atteigne des proportions telles que la direction a publiquement parlĂ© d’un ‘‘navire en perdition’’ pour que le problĂšme soit reconnu. L’évidence est d’augmenter les moyens publics pour amĂ©liorer la qualitĂ© du service et en Ă©largir la portĂ©e. C’est d’ailleurs une urgence climatique. C’est aussi, bien Ă©videmment, Ă  l’exact opposĂ© des projets du gouvernement flamand.

    Le gouvernement austĂ©ritaire arrogant de Jan Jambon (N-VA) a fait savoir on ne peut plus clairement qu’il ne saurait y avoir de protestations contre la politique menĂ©e. La jeunesse doit arrĂȘter de manifester pendant les heures de cours. Quant Ă  la sociĂ©tĂ© civile, elle voit ses subsides rĂ©duits, mĂȘme la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision publique VRT est touchĂ©e. Il ne faudra pas s’attendre Ă  des reportages critiques de ce cĂŽtĂ©-lĂ , le manque de moyens rendra difficile d’aller au-delĂ  de la simple rĂ©pĂ©tition des dĂ©clarations des autoritĂ©s.

    Le gouvernement n’entend pas changer de logique concernant De Lijn : chaque voix dissidente doit ĂȘtre rĂ©duite au silence. Ainsi, l’annonce des nouvelles mesures d’économies a immĂ©diatement Ă©tĂ© liĂ©e Ă  l’intention d’augmenter le niveau de service minimum en cas de grĂšve. Toute l’absurditĂ© de la situation tient au fait que le dĂ©ficit de moyens humains et matĂ©riels est si criant que le service minimum est souvent impraticable en temps normal. Le niveau de service minimum requis en cas de grĂšve signifiera bientĂŽt que plus de personnel sera au travail les jours de grĂšve qu’un jour normal !

    Il y aura des recrutements, c’est certain, essentiellement en raison du taux Ă©levĂ© de rotation du personnel. Les horaires rendus compliquĂ©s par le trafic de plus en plus dense et la limitation des pĂ©riodes de repos ainsi que les salaires bien peu attractifs font que le nombre de travailleurs prĂȘts Ă  partir reste Ă©levĂ©. La pĂ©nurie de personnel permet d’ailleurs souvent de masquer le manque d’équipement. Un chauffeur de bus nous a racontĂ© qu’un jour, un voyage sur quatre n’a pas Ă©tĂ© effectuĂ© Ă  son dĂ©pĂŽt, faute de chauffeur ! Difficile de rendre les transports publics fiables dans ces conditions, tandis que grandit la frustration des passagers et du personnel. Ce cocktail toxique est imposĂ© par le gouvernement flamand et la direction de De Lijn.

    Aujourd’hui, mĂȘme des cadres supĂ©rieurs jettent l’éponge ! Selon le quotidien flamand De Standaard, trois Ă  cinq managers (sur un total de 55) quittent leurs fonctions tous les mois. Le journal a notamment relayĂ© les propos d’un membre de la direction technique de la sociĂ©tĂ©, qui a dĂ©clarĂ© sous le couvert de l’anonymat : ‘‘Un navire en perdition, on le quitte.’’ Un autre ancien directeur de De Lijn expliquait: ‘‘Avec les ressources qu’on m’a donnĂ©es, il m’était impossible de faire ce que j’avais Ă  faire.’’

    Le pire est encore Ă  venir. C’est Ă  peine si l’accord de coalition flamand envisage d’investir dans De Lijn. Le gouvernement prĂ©voit de laisser davantage pourrir la situation. Dans l’une des rĂ©gions de transport (la Flandre est divisĂ©e en 15 de ces rĂ©gions), un appel d’offres doit ĂȘtre lancĂ© d’ici la fin de la lĂ©gislature pour que De Lijn ne soit plus la seule sociĂ©tĂ© de transport public. Tout ce qui fait barrage Ă  l’arrivĂ©e d’opĂ©rateurs privĂ© doit disparaĂźtre. Au profit de l’usager ? Nous en doutons. La libĂ©ralisation du marchĂ© de l’énergie a considĂ©rablement alourdi nos factures et il n’en ira pas autrement ici. Le gouvernement flamand a dĂ©jĂ  annoncĂ© que De Lijn ‘‘continuera Ă  atteindre un degrĂ© plus Ă©levĂ© de recouvrement des frais’’, un jargon qui signifie que l’usager devra payer de plus en plus cher.

    Il y a des annĂ©es, Noam Chomsky avait expliquĂ© le mĂ©canisme de privatisation de cette maniĂšre : ‘‘Comment dĂ©truire un service public ? Commencez par rĂ©duire son financement. Il ne fonctionnera plus. Les gens s’énerveront, ils voudront autre chose. C’est la technique Ă©lĂ©mentaire pour privatiser un service public.’’ A moins que nous rĂ©sistions ensemble. L’appel grandissant en faveur de mesures climatiques peut ĂȘtre concrĂ©tisĂ© par des actions offensives des jeunes en faveur de transports publics plus nombreux, meilleurs et gratuits. Associons cela aux protestations du personnel et des usagers en faveur de meilleurs services et donc de meilleures conditions de travail.